Interview de Christophe Lambert pour Ecran Large Partie 3

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Interview de Christophe Lambert pour Ecran Large Partie 3

Message par Foxy's le Dim 20 Avr - 19:34

Mortal Kombat ?
Bah Mortal Kombat, je me suis bien marré.

C'est un peu votre Superman, votre Batman à vous. Vous faites votre petite prestation et vous empochez un max de blé.
Ouais, j'ai bien gagné ma vie. Je vais vous dire pourquoi je l'ai fait celui là. Bien avant le moteur de l'argent, j'adorais le jeu vidéo, et je l'adore toujours. J'aimais être Rayden, le dieu du tonnerre et des éclairs. Ça me plaisait trop d'être un mec extrêmement calme qui d'un mouvement de doigt peut foutre deux personnes en l'air. Je suis l'opposé de ça dans ma vie. Je me suis dit : je vais toucher à la sagesse extrême de ce dieu tout en m'amusant comme un fou.

Evoquons ce que le grand public ne connaît pas forcement, le Lambert producteur. Avec Neuf mois, il a du flair, et avec Xavier Beauvois (N'oublie pas que tu vas mourir) et Xavier Durringer (J'irai au paradis car l'enfer est ici), il prend des risques en produisant des oeuvres ambitieuses et singulières. Pourquoi ne tournez-vous avec ces réalisateurs ?
C'est à eux qu'il faut demander « pourquoi vous ne le prenez pas, puisque Christophe a produit votre premier film ». C'est des gens que je respecte et que j'adore. Moi, je laisse entièrement la liberté de choix, s'ils ont envie d'aller vers d'autres acteurs c'est leur prérogative et c'est très bien comme ça.

En tout cas, vous êtes très discret sur votre carrière de producteur.
J'ai toujours été comme ça. Je n'ai pas envie de mettre en avant les choses que je fais. Je fais quarante milles trucs par jour, j'aime ça mais je n'aime pas les mettre en avant, je n'aime pas les apparences. Ça me dérange donc je pense que les bonnes choses, et les choses qu'on fait, on les garde secrètes jusqu'à ce qu'elles explosent et que l'on ne puisse pas empêcher l'explosion. Je ne vais pas parler de tous les trucs que je fais, je ne dis pas que ce n'est pas intéressant, je n'ai juste pas envie de frimer, c'est nul. Je suis fier d'avoir produit les premiers films de Xavier Beauvois et Xavier Durringer parce que ce sont des gens que j'aime, que je respecte, et qui ont, en fin de compte, une énorme correspondance par rapport à ce que je pense de ce métier et des beaux films.

On passe maintenant aux films, on va dire, controversés (rire) : Beowulf et Vercingétorix, deux grands films comiques.
Beowulf , c'est une histoire très triste, parce que le poème du XIIème siècle retranscrit dans un cinéma d'action de grande qualité, c'était une idée de génie.

Sauf que là il n'y a pas de pognon.
Il y a eu mensonge de la part des producteurs qui devait faire un film à 25 millions de dollars en Roumanie, et qui ont terminé le film pour 3 millions et demi. Donc qu'est ce qu'on fait une fois qu'on a commencé et qu'on a été payé ? On n'a pas le choix, on continue. Passer de 25 millions à 3,5, on a déjà eu du bol d'avoir ce résultat là. Bien évidemment, j'étais furieux, mais ne pouvant rien faire, j'ai terminé le film. Quant à Vercingétorix, c'est un rôle sur le papier qui était inrefusable. C'est le héros français par excellence, c'est le mec qui a fait la France. Ce fut un dérapage permanent au niveau de la production, au niveau des financements qui n'étaient pas là, au niveau d'un metteur en scène qui était quand même extrêmement laxiste, et un résultat qui est exactement ce qu'il devait être. Une grosse déception aussi, non seulement au niveau critique mais au niveau acteur. Je vais vous dire une chose : c'est cent fois plus difficile de faire un film qui dérape ou qui n'a pas le budget escompté, de s'accrocher et de continuer à donner 100%, que quand on est heureux sur un tournage. Tout va bien, c'est facile, on ne se fait pas de soucis.

Mais les dialogues ils étaient bien sur les pages du scénario ? « Le bien n'engendre pas la force, le mal non plus, mais le mal appartient à ce monde des conflits humains où on est tous prisonniers, c'est là le véritable piège. » et là votre réplique à vous après c'est : « Tes propos incompréhensibles ne m'aident pas. ». Moi cette scène, j'ai ri pendant une demi-heure parce que vous dîtes exactement ce que l'on pense tous.
(Rires) Absolument !

C'est comme « L'éclat de ma victoire fait encore plus peser les invisibles défaites de mon passé ».
(Lambert répète la phrase)

Quand on lit ça, à chaque fois, on se dit « Ils prenaient quoi sur le plateau ? ».
C'est vrai qu'on est parfois confronté à ça. C'est extrêmement difficile parce que c'est la seule chose que j'avais à dire à part la possible ampleur d'un vrai personnage. J'expliquais à Jacques Dorfmann, le réalisateur, que les dialogues étaient un peu lourds, et je peux vous garantir une chose, pour les changer, c'était pratiquement impossible. Il me répondait : « Mais non, c'est vachement bien ».

Le « Gaulois, Gauloises ».
Je lui ai dit : « Jacques, je ne pense pas que c'est bien de dire Gauloises, Gaulois comme De Gaulle disait Françaises, Français ». Mais qu'est ce que tu veux répondre à un mec qui te dit « Mais tu crois que ça vient d'où le « Françaises, Français » ? Cela vient de « Gauloises, Gaulois », qui est une réalité historique. Simplement, si les gens ne le savent pas, et c'est ce que je lui disais, ils vont d'abord penser à De Gaulle et vont rire en se disant que nous sommes des fous.

En plus ça arrive au bout d'une heure de film et on rigole déjà depuis bien longtemps c'était déjà mort.
C'est une grosse déception pour moi parce que je pense qu'il y avait matière à faire Braveheart, réellement. Il y avait cette matière mais il n'y avait ni la détermination, ni la substance au niveau de la production et de la mise en scène. Il y avait pourtant tous les éléments pour faire ce que Mel Gibson a réussi à faire. Au premier tiers du tournage, je te garantis que tenir encore trois mois c'était très, très dur. Tu en chies réellement parce que tu n'as plus l'énergie, tu n'as plus l'envie, tu te dis « Oh putain je vais aller me battre, je vais aller me couper, je vais aller me blesser pour rien ». Il faut avoir un sacré moteur.

Involontairement en tout cas, ça me fait beaucoup rire.
Oui, mais ce n'est pas le but. Tu te dis quel gâchis sur un tel personnage.

C'est vrai, c'est dommage.
En fin de compte c'est toujours la même réponse, moi j'ai toujours pensé que l'on ne rattrape pas un scénario ou un film ni au tournage, ni au montage. On le prépare avant pendant des mois et des mois et on tourne son scénario. Là, on a des chances d'avoir un bon film. Je l'ai vécu avec Le Lièvre de Vatanen, mais je l'ai aussi vécu avec Sophie qui a écrit son scénario pendant trois ans. Quand tu lis un scénario qui a été écrit tous les jours pendant trois ans, et bien, ça se voit.

Justement, que pouvez-vous nous dire sur le film de Sophie Marceau ?
Je n'ai jamais vu quelqu'un travailler aussi fort et aussi généreusement que Sophie. Elle est non seulement forte visuellement mais sans esbrouffe, son visuel est adapté à son film. Dans sa générosité de direction d'acteur, je n'ai jamais rencontré un metteur en scène aussi puissant, elle explique, elle demande, et elle dit pourquoi. Elle n'est pas en train de dire « Tiens fais moi un truc un peu sensible mais où tu sors comme si tu voulais me mettre les larmes aux yeux. Tu comprends ce que je veux dire ? » Et tu ne comprends rien du tout parce qu'on ne t'a rien expliqué. Elle en pleure tellement elle demande des explications.

C'est un peu la réunion de deux stars marquantes du cinéma français des années 80. Cela paraît presque incroyable que vous n'ayez pas tourné ensemble avant.
Il fallait que cette rencontre se fasse au juste moment. D'ailleurs ce qui est intéressant c'est que quand Sophie a terminé ses trois ans d'écriture, elle est allée dans le bureau de Dominique Besnehard, qui était son agent et le mien aussi, elle lui a donné le scénario et elle lui a dit, elle était avec son producteur, « voilà, maintenant il faut trouver l'acteur. ». Ils se sont regardés tous les deux, il y avait une photo de moi au dessus, et tous les deux ensemble ils ont fait « mais c'est lui l'acteur ». Dominique m'a envoyé le script, je l'ai lu, j'ai rencontré Sophie, et puis voilà.

Quelle est l'histoire ?
L'histoire c'est un flic à la dérive qui a perdu sa femme deux ans auparavant. On va s'apercevoir au milieu du film qu'il n'est plus flic du tout et donc on va se demander s'il n'est pas fou. Il enquête sur la disparation d'un propriétaire de palaces. Il y a une femme qui vient le voir, une femme des années 60, qui a l'air d'être une star des années 60, et qui lui dit « si vous voulez savoir la vérité il faut aller à l'hôtel Normandie suite 401 ». Lui, comme on ne le sait pas, n'est plus flic et il a besoin d'une épaule, sinon il part complètement à la dérive. Cette enquête donne ainsi un sens à sa vie. Il commence à aller fouiller dans un passé épouvantable et se fait enfermer dans une machine infernale. C'est très hitchcockien. C'est Les 39 marches, la même mécanique avec une histoire extrêmement originale.

Parmi toutes les direct to vidéo, tous les films d'action de série B que vous avez fait, s'il ne devez en rester qu'un ?
Je me suis bien marré sur Mean guns. J'adore Albert Pyun. Si ce mec pouvait prendre six semaines pour faire un film au lieu de les faire en quinze jours. Albert, c'est un génie de la caméra, il est extraordinaire dans ses inventions. Je lui disais : « Mais putain Albert, tu fais ce film en une semaine, prend trois semaines, tu vas faire un chef d'œuvre. ». Il me répondait : « Non parce que là tu comprends, j'ai une semaine, je fais un mois de montage, trois semaines de machins, et puis dans deux mois je peux recommencer ». C'est un impatient permanent. Pour moi, il a réalisé le meilleur Van Damme avec Cyborg.

Votre prochain film ?
Le nouveau film de Claire Denis avec Isabelle Huppert. Je vais le tourner l'année prochaine. C'est un scénario puissant qui se passe en Afrique aujourd'hui. C'est un vrai bonheur quei j'ai envie de très vite retrouver. C'est pour ça que je lis beaucoup de scripts.

Les réalisateurs avec qui vous aimeriez tourné ?
Guillaume Canet, Steven Spielberg, François Ozon, Cédric Kahn.

Les rôles que vous auriez aimé interpréter ?
François Pignon dans tous les films de Francis Veber. Sinon, un rôle de gangster.

Vos films préférés ?
Il était une fois dans l'Ouest. Le Clan des Siciliens. Le Cercle rouge. Le Samouraï. Casablanca. Bienvenue Mister Chance. Vol au-dessus d'un nid de coucou. Lawrence d'Arabie. Le Dîner de cons. À bout de souffle et L'Homme de Rio.
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